L’être humain est formidablement plastique. Cela signifie que quand il s’entraîne à quelque chose, il a tout simplement tendance à améliorer ses capacités. Mais attendez, avant de crier à la banalité : parce que cette plasticité est inégale : ce n’est pas parce que vous faites du jogging une fois par semaine que vous développerez forcément la capacité pulmonaire d’un marathonien bolivien. (L’entraînement en altitude, vous saisissez ?) Et si vous arrêtez de courir, vous aurez tôt fait de perdre votre endurance. Ainsi, dans ce contexte, peut-on parler d’effets durables de la méditation ?Effets durables de la méditation
Parce qu’il en va de même pour le corps et pour l’esprit : nous avons utilisé l’image du jogging, mais l’esprit également, lorsqu’il est entraîné, améliore ses performances. Cependant, curieusement, pour certains domaines, le cerveau perd plus ou moins rapidement son entraînement, comme n’importe quel muscle : travaillez le calcul mental sérieusement, et vous serez probablement capable de calculer mentalement rapidement toute votre vie. Apprenez une langue mais ne la pratiquez jamais, et vous perdrez rapidement les acquis que vous aviez.
Alors qu’en est-il des effets de la méditation ? Une étude récente très intéressante s’est penchée sur le sujet, et, comme nous allons le voir, démontre que non seulement la méditation « transforme » le cerveau en un lapse de temps très court, mais également que cette « transformation » semble perdurer, même après l’arrêt de la pratique de la méditation.
Un article scientifique relate en effet qu’une équipe de neuroscientifiques du Massachusetts General Hospital, à Boston, a constitué trois équipes de volontaires n’ayant aucune expérience préalable de la méditation. Deux de ces groupes ont suivi une formation de huit semaines à la méditation, tandis que le dernier, le groupe témoin, recevait un cours sur l’éducation à la santé de huit semaines également. Trois semaines avant la formation et trois semaines après, les groupes se sont rendus dans un établissement spécialisé d’imagerie médicale, où un grand nombre de clichés de leur cerveau par un type spécial d’IRM ont été pris pendant qu’ils visualisés une longue série (216 !) d’images, sensées provoquées diverses réactions et émotions. Les enquêteurs se sont bien sûr assurés que les participants n’étaient pas en état de méditation durant la prise de clichés, ce qui est le sujet proprement dit de l’étude : non seulement les volontaires n’ont pas continué à méditer, mais ils ont dû faire le déplacement de l’université d’Atlanta où ils ont reçu leur formation au laboratoire de Boston. Or, les clichés montrent de manière irréfutable une différence d’activité après la formation à la méditation dans l’amygdale droite du cerveau des participants. (Pour rappel, l’amygdale est impliquée dans le traitement et la réponse aux émotions.) Aucun changement d’activité en revanche n’a été détecté dans l’amygdale gauche et chez les membres du groupe témoin.
Ainsi, si de nombreuses études avaient déjà démontré les effets positifs de la méditation sur le cerveau, notamment sur le traitement des émotions par celui-ci, l’expérience de l’équipe du Massachusetts General Hospital nous montre que cet effet perdure dans le temps, même après un entraînement à la méditation de seulement huit semaines.
C’est bien entendu une très bonne nouvelle, même s’il est évidemment recommandé aux personnes pratiquant la méditation de continuer à le faire régulièrement, car si les effets donc perdurent, il a été observé (mais ça c’est un autre sujet !), que ces effets gagnent en force et que l’adepte en tire de plus larges bénéfices.
Grâce à cette expérience menée de manière rigoureuse, ont été démontrés les effets durables de la méditation, du moins pour la partie « observable ». En revanche, ²il serait très intéressant, d’une part, de recueillir les avis des participants, afin de savoir s’ils se sont sentis changés par cette brève expérience, et également de leur faire repasser un IRM, peut-être après 3 mois, 6 mois, voire un an, pour constater si ces effets perdurent à long terme, car « durable » n’est vraiment pas une valeur absolue !