Entre les majestueux diplômes de management, marketing, manipulation de masse et autres "brassages (ah oui au fait, le diplôme de brasseur est très à la mode !) de vent", on trouve de nos jours des diplômes pour tout et n’importe quoi, alors pourquoi pas un diplôme universitaire de méditation ?

Diplôme universitaire de méditation

Peut-être parce que l’enseignement moderne, avec sa recherche éperdue de la rentabilité, pourrait faire bien du tort à la méditation. D’un autre côté, la plupart des pays anglo-saxons voire germanico-scandinaves ont déjà tenté cette approche et ne peuvent que s’en féliciter. Alors ?

Alors c’est bien connu : quand une technique ou une doctrine est marginalisée au sein d’une société, la société en question s’expose à un risque que cette technique ou cette doctrine soit perpétuée clandestinement et enseignée parfois par des marginaux. À contrario, inscrivez cette technique ou cette doctrine dans un cadre officiel transparent, et l’enseignement clandestin perdra une grande partie de sa légitimité. C’est la beauté de l’esprit humain, à toujours osciller entre  recherche de reconnaissance et affirmation d’une différence parfois illusoire.

À quoi sert ce pompeux exposé ? Tout simplement à préparer l’assistance à une grande nouvelle : ça y est, la France daigne secouer sa bonne vieille rigidité latine et inscrit la méditation à son cursus universitaire. Elle le fait cependant à pas de fourmi, car si la méditation fait son entrée à la faculté, c'est à l'université de Strasbourg que l'on doit cette initiative plutôt qu’à l’Éducation Nationale : une cinquantaine de scientifiques (pour cette première, il semblerait que l’université se soit tournée vers une catégorie d’ « étudiants » à l’exigence et l’expérience confirmée)  suivent en ce moment un diplôme universitaire intitulé « médecine, méditation et neurosciences ».

Ils sont médecins, psychologues et scientifiques, français, suisses et belges. Voilà une semaine qu'ils suivent cette formation universitaire transdisciplinaire. Une découverte approfondie, pratique et théorique, de la méditation, dite de « pleine conscience ». Cette approche, ancrée dans les traditions ancestrales du bouddhisme et du yoga,  a été repensée et rationalisée depuis plus d’un quart de siècle  par le fameux Jon Kabat-Zin, un des pères fondateurs de la médecine corps-esprit, dont nous avons déjà parlé à de maintes reprises dans nos articles. L'idée est de focaliser son attention pour être… juste là, dans le présent, l'ici et le maintenant. Être en lien avec ce qu’on ressent juste au niveau du corps et ne pas prêter attention aux pensées qui s’écoulent inlassables et tenaces – et plus on y prête attention, plus elles sont tenaces– bref, être en connexion avec les sensations internes, primales, du corps.  Et c’est plus facile à écrire qu’à faire !

Être disponible dans l'instant, c'est là toute la difficulté de cette méditation qui se veut universelle et laïque et dont les bienfaits sur la santé du corps et de l'esprit sont accrédités par de nombreuses études. Cette méditation de pleine conscience est pratiquée dans plus de 250 hôpitaux et cliniques à travers le monde. En France, cette formation est la preuve que la culture médicale évolue ici aussi peu à peu.

Le fait d’avoir sélectionné des élèves disposant déjà d’une certaine crédibilité en tant que scientifiques servira certainement la cause de l’enseignement de la méditation en France, et c’est une bonne chose. Car qui sait, dans quelques années, quand cela sera inscrit dans les us et coutumes des enseignants, peut-être que ceux ayant bénéficié de l’enseignement du diplôme universitaire de méditation pourront à leur tour transmettre quelque chose dans ce sens… Quand on voit les élèves d’aujourd’hui, survoltés et saturés d’informations et de stimulations, on peut se dire que ces espoirs relèvent du fantasme, mais si justement c’était ça, la solution ?

Source : France3 Alsace