Cartésien. L’esprit occidental moderne est cartésien, et se cabre à l’évocation d’une chose échappant à son contrôle, sa perception. On pense, par exemple, que l’empathie, la compassion, sont des vertus que l’on a… Ou que l’on n’a pas. « Ce que tu as fait n’est pas gentil » Entend-on souvent dire aux enfants (et aux plus grands !)
Or le bouddhisme enseigne au contraire que la méditation développe la compassion. Alors qui a raison ? Et si une bonne expérience scientifique bien cartésienne parvenait à répondre à cette question, méditation et compassion, un cercle vertueux ?
Méditation et compassion
Ramenée du fond des âges par les hippies, la méditation pénètre aujourd’hui toutes les couches de la société, progressivement, d’une part par l’enthousiasme suscité par les personnes qui s’y adonne, et d’autre part en raison des nombreuses expériences scientifiques menées afin d’en déterminer les bienfaits.
En parlant d’expérience scientifique, en voici une, dont les conclusions ont été publiées par David DeSteno, de la Northeastern University dans le magazine Psychological Science, et dont l’hypothèse, admise depuis des millénaires dans le Bouddhisme mais jamais scientifiquement prouvée jusqu’à aujourd’hui, que la pratique de la méditation influait positivement sur le comportement compassionnel, constituant tout simplement une invite à agir plus vertueusement.
Au cours de cette étude, financée par le Mind and Life Institute (Institut "Esprit et Vie" en français), les chercheurs ont convié des volontaires à une formation à la méditation durant huit semaines (apparemment, un standard) mais ce n’est qu’après la complétion de ce cycle que la véritable expérience à commencé…
Pour une raison bénigne, ils font assoir dans une salle d’attente chaque participant, en compagnie de deux comédiens employés pour l’occasion. À un moment, entre dans la pièce un troisième larron, ou plutôt une larronne, marchant à l’aide de béquilles et feignant de ressentir d’intenses douleurs, auxquels les autres comédiens prétendront ne pas prêter attention, bouquinant ou jouant avec leur téléphone.
La question à laquelle Paul Condon, initiateur de l’expérience et élève de DeSteno ainsi que leur équipe voulait répondre était la suivante : démontrer dans quelle mesure les “apprentis méditants” se montreraient plus désireux d’aider une personne en difficulté et ce, même en face d’une personne apparemment indifférente. « C’est un fait acquis que la méditation apporte une amélioration tant à la condition physique d’une personne qu’à son état psychologique », déclare Condon. « Mais ce que nous voulons savoir, c’est si, concrètement, la méditation augmente la compassion des individus. »
Alors quel a été le résultat de cette étrange expérience ? Verdict sans appel : chez les témoins (groupe de participants ayant passé le test mais n’ayant pas suivi, au préalable, la formation à la méditation), seul 15% a fait quelque chose en faveur de la personne souffrante, alors que dans l’autre groupe, ce n’est pas moins de 50% à avoir agit avec compassion. On en vient même à se demander, et c’est là un point fascinant, si la médiation ne confère pas plus d’indépendance à celui qui la pratique. En effet, tout être normalement constitué aurait tendance au moins à savoir « qu’il est bien » d’aider une personne en difficulté. Cependant, face à l’inertie d’autrui, ici représentée par l’indifférence affichée des deux comédiens, l’apprenti Bon Samaritain a tendance à vite se dédouaner et à moins se sentir obligé –ou juste désireux- d’aider. Et donc 50% des personnes ayant suivi les cours de méditation ont su passer outre cette barrière et ne se préoccuper que de la personne ayant besoin d’aide, sans tenir compte de ce que font –ou ne font pas- les autres. « Le fait que les comédiens ne réagissent pas créait un effet de marginalisation qui tend normalement à réduire la volonté de se démarquer chez quiconque », analyse de son côté DeSteno.
« Méditation et Compassion sont des mots qui vont très bien ensemble », comme auraient pu dire les Beatles. Oui, la tradition bouddhique l’enseigne depuis toujours, la méditation n’aide pas seulement le pratiquant à “ouvrir les yeux”, mais à ressentir compassion et empathie à une bien plus large échelle, sans barrière. Mais pour les scientifiques, il fallait plus que les dires d’une tradition, et c’est chose faite avec cette étude.
Quelle étrange fait, tout de même, dans notre monde, qu’il faille être « indépendant », pour ne pas dire courageux, pour « oser » faire le bien…