Même si la question paraît anodine, et même si vous n’êtes à priori pas intéressé(e) par les arts martiaux et ce qu’ils véhiculent, de même que certaines choses que nous utilisons tous les jours (à commencer par Internet !) ont été inventées à l’origine dans un but militaire, vous pourriez être interpelé(e) par la réponse à cette fameuse question, « pourquoi la méditation est importante dans les arts martiaux ? » Parce qu’au final, on se rend compte que tous les facteurs qui permettent de mieux se connaître ou mieux se comporter sont liés d’une façon ou d’une autre…

Afin de tenter de répondre à cette question, laissons la parole à Jáchym Jerie, un disciple du Dr Yang Jwing-Ming du centre de retraite YMAA, en Californie. À noter que Jáchym pratique le Kung Fu depuis ses 17 ans. (Extrait traduit de l’article original) :

«  Pour atteindre votre potentiel maximum en tant qu’adepte des Arts Martiaux, vous devez commencer par entraîner votre esprit. L’une des façons de faire cela est de pratiquer la méditation. Grace à la méditation, votre état de conscience, votre sang-froid et votre concentration vont augmenter. Chacun de ces facteurs est absolument essentiel dans la bonne pratique des arts martiaux. Sans une conscience aigüe de ce qui vous entoure, vous ne serez pas capable de prendre part à une bataille sans être touché(e) ou même tué(e). Sans concentration, vous ne serez pas capable de saisir l’opportunité de frapper ou choisir la bonne défense au bon moment, ce qui vous mettra en danger. Et sans sang-froid, vous ne pourrez bien sûr pas vous concentrer et faire le calme en vous au milieu du chaos. Si êtes tendu(e) par la peur, vous vous épuiserez physiquement et surtout psychiquement très rapidement. Vous devez apprendre à maîtriser et manipuler l’énergie afin qu’elle ne soit pas gaspillée, principe qui porte le nom générique de Qi _(_氣, prononcé « Kshi »). Cela vous permet également « d’activer » plus d’énergie quand cela s’avère nécessaire. » Si vous avez une certaine expérience des mangas ou des films chinois ou hongkongais, vous avez certainement déjà vu ce topos, où l’on voit deux ennemis dotés d’une maîtrise égale mais l’un étant violent et emporté tandis que l’autre et calme et serein ; devinez qui gagne toujours à la fin ?

De même, on trouve dès le Livre I du fameux Art de la Guerre de Sun Tzu le précepte suivant :

22. « Irritez son général [de l’armée ennemie] et égarez-le.

Li Chu’an [Commentateur] + Si le général est coléreux, son autorité peut facilement être ébranlée. Son caractère n’est pas stable. +

Chang Yu [Autre commentateur] + Si le général de l’armée ennemie est obstiné et enclin à la colère, insultez-le et rendez-le furieux, de façon qu’il soit courroucé, qu’il n’y voie plus clair et qu’il marche étourdiment sur vous, sans plan. » [L’Art de la Guerre, Collection Champs Classiques, Flammarion] Bien entendu, ce principe est bien connu de la culture et de l’histoire militaire occidentale également !

Ces deux exemples nous aident à démontrer que dans les deux cas (« gestion personnelle » pour le cas de l’art martial et « gestion d’une armée » pour le cas de l’Art de la Guerre) la pleine maîtrise et la connaissance de soi sont des facteurs essentiels de la conduite d’un combat. Bien entendu, la plupart d’entre nous n’avons pas à combattre, au sens propre du terme, au quotidien, mais dans un cas comme dans l’autre, les enseignements acquis à l’étude de ce qui a été pensé pour le combat ou la guerre peut parfaitement se trouver  transposé et utilisé dans la vie de tous les jours, tout simplement parce que la psyché humaine n’a pas tellement changé depuis l’Antiquité, et que finalement les clés de la réussite sont les mêmes quelque soit le champ d’application. Voilà Pourquoi la méditation est importante dans les arts martiaux, mais pas seulement : dans de nombreux sports et disciplines voire même simplement dans la gestion d’une vie épanouie, les bienfaits qu’elle apporte sont irremplaçables.